Dieu veut que tu sois en bonne santé. Voici ce que dit la Bible à ce sujet. – écrit par Andrew Wommack

 

Critique de Stephen Witmer

Le nouveau livre d’Andrew Wommack, God Wants You Well (Dieu veut que tu sois en bonne santé), est un ouvrage profondément erroné et dangereux sur le plan pastoral. Malheureusement, le courant théologique qu’il représente est extrêmement populaire et influent. Les pasteurs devraient être conscients de cette théologie et capables d’y apporter des réponses bibliques éclairées. Le titre du livre de Wommack résume sa thèse de base : la volonté de Dieu est qu’aucun chrétien ne souffre de maladie physique ou de pauvreté. C’est toujours la volonté de Dieu que les chrétiens soient en bonne santé. Wommack n’explique jamais clairement ce qu’il entend quand il dit que Dieu « veut » que les croyants soient en bonne santé, mais il semble aller au-delà de l’affirmation de base selon laquelle Dieu ne prend pas plaisir intrinsèque à la maladie et à la souffrance de son peuple (une affirmation avec laquelle tous les chrétiens seraient d'accord). Wommack veut dire que Dieu ne vise jamais rien d’autre que le bien-être physique et financier de son peuple. Selon lui, prétendre que « c’est Dieu qui fait mourir les gens » ou dire que Dieu « t’inflige la maladie pour t’humilier dans un but rédempteur et pour te perfectionner à travers toute cette souffrance » (p. 23, version anglaise) est un « faux enseignement ».

Wommack croit que la croix de Jésus a déjà racheté les croyants de la maladie et leur a assuré une guérison physique complète. « La guérison est déjà accomplie et elle est à notre disposition dès maintenant, exactement comme le pardon des péchés » (p. 13). En outre, la croix rachète aussi les croyants de la pauvreté financière. Dans 2 Corinthiens 8.9, Paul affirme que Jésus s'est fait pauvre pour que les croyants deviennent riches par sa pauvreté. Wommack prend Paul au pied de la lettre. La mort et la résurrection de Jésus offrent aux chrétiens « le pardon des péchés, la guérison, la délivrance et la prospérité » dans cette vie (p. 20).

Tout cela soulève une question fondamentale : si Dieu veut que tous les croyants aillent bien, pourquoi tant d'entre eux ne vont-ils pas bien ? La réponse de Wommack est d’une logique implacable et d’une clarté cristalline. Elle revient souvent tout au long du livre. En voici un exemple : « Si Dieu veut qu’on aille bien et qu’on ne va pas bien, ça veut dire qu’on doit assumer une part de responsabilité » (p. 41). Certaines personnes ne sont pas guéries « parce qu’elles ne savent pas comment recevoir la guérison correctement » (p. 43). Wommack décharge ainsi Dieu de toute responsabilité dans la maladie et la pauvreté des croyants, mais il fait alors porter cette responsabilité aux malades et aux pauvres.

Quelles sont les conséquences pastorales de cette théologie ? Les conséquences dévastatrices apparaissent clairement dans l’histoire racontée par Wommack : celle d’un jeune couple dont le fils de quatre ans, atteint d’une lésion cérébrale, est décédé malgré des prières ferventes pour sa guérison (pp. 44-47). Wommack a déclaré aux parents en deuil : « Je ne crois pas que ce fût la volonté de Dieu… Il n’a pas permis que cela arrive… C’est soit ma faute, soit la vôtre, soit notre faute à tous les deux, soit des choses que nous ne comprenons pas. » Le couple en deuil a prié, « et Dieu leur a montré certains domaines où ils avaient laissé la peur, le doute et l’incrédulité s’installer. Cela avait entravé leur foi et les avait empêchés de recevoir le miracle dont ils avaient besoin. Comme ils ont accepté la vérité, ils se sont repentis et ont pu surmonter cette peur. » Remarquez ce que Wommack dit ici : le péché d’incrédulité des parents a entraîné la mort de leur enfant. Ils étaient responsables et devaient « se repentir ». Qu’est-ce qui a bien pu dérailler dans la pensée de Wommack pour aboutir à un conseil pastoral aussi cruellement dévastateur ? Je vais souligner ici quatre problèmes majeurs dans le livre de Wommack.

Premièrement, Wommack adhère à une eschatologie terriblement exagérée. Il affirme que la maladie, et même la mort (p. 88), peuvent être vaincues dès à présent. La Bible ne fait jamais une telle promesse. Au contraire, elle suggère que la disparition totale de la maladie et de la mort n'aura lieu qu'au dernier jour, dans l'âge à venir, lorsque Dieu anéantira la mort et essuiera toutes les larmes (Ésaïe 25:8). Dans ce monde-ici, notre « nature extérieure » se dégrade (2 Cor. 4:16), et ce n'est qu'à la venue de Jésus que nous recevrons des corps ressuscités (1 Cor. 15:23). C’est pour cette raison que Paul dit que nous attendons la rédemption de nos corps (Rom. 8:23). La théologie de Wommack ne parvient pas à expliquer la présence universelle de la mort humaine, qui est la forme ultime et la plus radicale de la maladie. Chaque mort humaine implique-t-elle un manque de foi spécifique pour la guérison ? Wommack semble suggérer justement cela (p. 88). Mais la Bible indique que, dans ce monde actuel et pécheur, les hommes sont destinés par Dieu à mourir (par exemple, Ps. 90 ; Hébreux 9:27), et elle ne promet nulle part que la mort sera vaincue dans ce monde. En réalité, même les personnes que Wommack prétend avoir ressuscitées mourront toutes un jour. Aucune n’a reçu de corps de résurrection dans ce monde.

Deuxièmement, Wommack passe sous silence les nombreux passages bibliques qui contredisent son enseignement. L’exemple le plus flagrant est qu’il ne fait absolument aucune référence à Job. Pour ce dernier, sa souffrance est la volonté de Dieu : « L’Éternel a donné, et l’Éternel a ôté ; que le nom de l’Éternel soit béni ! » (Job 1:21). Job attribue explicitement sa maladie à Dieu (2:10) sans commettre de péché dans ce qu’il dit (1:22 ; 2:10). Tout aussi frappant est le fait que Wommack passe complètement sous silence 1 Corinthiens 11:27-32. Ce passage montre que, dans certains cas, la maladie, et même la mort, des croyants relèvent de la volonté de Dieu. Cela contredit donc carrément ce que dit Wommack, à savoir que Jésus ne « t’infligerait pas la maladie » (p. 23).

Troisièmement, Wommack affirme que les chrétiens sont délivrés de la maladie et de la pauvreté, mais pas de la persécution. Cette distinction ne tient pas la route dans la réalité, car la persécution au nom de Jésus entraîne souvent la pauvreté, la perte du bien-être physique et la maladie (Hébreux 10:34). Paul n’était certainement pas riche (cf. 1 Cor. 4:11) et, dans Romains 8:35, il classe la « famine » au même rang que la persécution parmi les épreuves subies par les chrétiens. Si la persécution persiste encore à notre époque, pourquoi pas la maladie ? Selon Wommack, Dieu permet la persécution des chrétiens parce qu’il aime les persécuteurs et veut qu’ils se repentent (pp. 76-77). Mais Luc 22:42 suggère une autre raison : Jésus comprend que sa crucifixion est la volonté de Dieu. Dieu ne voulait pas que Jésus soit « en bonne santé » ; il voulait que Jésus meure pour accomplir ses grands desseins rédempteurs (Ésaïe 53:6 ; Romains 8:32 ; Luc 22:42 ; Actes 2:23 ; 4:27-28). Si Dieu, dans sa sagesse, a voulu la souffrance et la mort de son propre Fils, ne peut-il pas vouloir la souffrance et la maladie pour ceux qui le suivent afin d'accomplir ses desseins souverains ?

Quatrièmement, l’interprétation de la Bible par Wommack donne une image étrange et non biblique d’un Dieu déconnecté des détails de la vie. Dieu est remarquablement absent de la description qu’il en fait. Beaucoup de chrétiens témoignent qu’une grande partie (voire la majeure partie) de leur progression vers la sainteté s’est faite à travers la souffrance (cf. Ps. 119:67, 71). Mais selon Wommack, même si quelqu’un peut tirer des leçons qui transforment son caractère à travers la maladie, ce n’était pas le plan de Dieu. Apparemment, toute cette transformation du caractère par la souffrance se produirait en dehors de Dieu (pp. 75-76). Plus loin dans le livre, Wommack présente une vision presque déiste de Dieu qui établit des « lois » de guérison, puis se retrouve sévèrement limité par ces mêmes lois. La guérison des individus « ne dépend plus de Dieu ; il y a des lois à travers lesquelles notre foi doit fonctionner » (p. 140). Dans cette vision très mécaniste, il suffirait de connaître les lois de la guérison et de les appliquer correctement pour que la guérison « fonctionne ». Si tu ne suis pas les règles et que tu ne dis pas ce qu’il faut, Dieu ne peut pas te guérir, même s’il le veut (p. 143).

On pourrait ajouter d'autres critiques, notamment le manque de connaissances élémentaires de Wommack sur des questions relatives à l'interprétation biblique, comme la critique textuelle (voir surtout les chapitres 12 et 14). Au final, les préoccupations de Wommack en écrivant ce livre sont sincères, mais malavisées. Il pense que l’idée selon laquelle Dieu veut la maladie rend les gens amers envers lui (p. 12) et les pousse à se résigner passivement face à leur maladie (p. 24). Mais ce n’est pas forcément le cas. En réalité, la croyance en la souveraineté de Dieu sur la maladie et la souffrance a été une immense source de réconfort pour d'innombrables chrétiens à travers les âges. La lettre de Sarah Edwards, après avoir appris le décès de son mari Jonathan, survenu à la suite d'une maladie, en est un exemple : « Oh, puissions-nous embrasser le bâton et mettre nos mains sur nos bouches ! C’est le Seigneur qui l’a fait. Il m’a fait adorer sa bonté, car nous l’avons eu si longtemps auprès de nous. » Encore une fois, l’idée que Dieu veut que son peuple soit malade n’implique clairement pas une réaction passive face à la souffrance. L’ouvrage de Wayne Grudem, Théologie systématique, en est la preuve : l’auteur y défend à la fois l’idée que Dieu est souverain sur la maladie et celle selon laquelle les croyants devraient « rechercher Dieu avec ardeur et ferveur… pour obtenir la guérison » (p. 1069).

Les chrétiens qui adhèrent à la théologie de Dieu veut que tu sois en bonne santé finissent par avoir une vision réductrice de Dieu et une conception non biblique de leur responsabilité face à des souffrances qui échappent en réalité à leur contrôle et relèvent entièrement de la volonté d’un Dieu souverain et aimant. Cette conception tue la joie et engendre de la culpabilité. Pour protéger et fortifier le peuple de Dieu, il est important que les pasteurs connaissent ce livre (et la théologie qu’il représente) et qu’ils soient capables d’exprimer clairement une compréhension véritablement biblique de la relation entre Dieu, la souffrance et la maladie.

Toutes les références aux pages concernent la version anglaise.


(La version originale en anglais est disponible à l'adresse suivante : God Wants You Well: What the Bible Really Says about Walking in Divine Health)

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